Françoise Levesque, née Frèrejouan du Saint
Née le 30 avril 1922, à Paris, décédée le 17 novembre 2009 à L'Aigle (61)


Voici un montage vidéo constitué par l'aîné de ses fils, Dominique (1953) :

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Françoise Levesque

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et voici un hommage prononcé par ce même fils Dominique Levesque, au cours de la messe d'enterrement
le samedi 21- XI - 2009, à l'Hôme-Chamondot (61), village de la propriété de Miserai, où elle vivait avec son mari Martial Levesque .

 

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Je vous remercie d’être venus aujourd’hui si nombreux pour célébrer la vie de Maman. Il est difficile de résumer une vie si bien remplie en quelques minutes, donc je ne vais pas même pas essayer. Cependant, je ne pouvais pas la laisser entrer dans le royaume de Dieu sans la saluer.

Maman a vécu une vie longue et passionnante au sein d’une époque fascinante. Dans son enfance, elle se déplaçait en voiture à cheval, et pourtant, elle a vécu assez longtemps pour utiliser la vidéoconférence sur internet.

A la voir si vaillante, nous n’avions pas l’habitude de nous inquiéter et nous pensions inconsciemment que quelqu’un de son calibre ne pouvait pas disparaître et qu’elle resterait toujours à nos côtés. Aujourd’hui, cela nous fait du bien de prendre un peu de recul pour admirer la richesse de son existence.

Maman était une personne hors du commun, les mots pour la décrire sont les mêmes des deux côtés de l’Atlantique. Les gens disaient: « Ta mère ! quel charme, quel punch, quelle vitalité, quel enthousiasme !, quel dynamisme !, elle n’a peur de rien !!

De fait, elle a toujours voulu profiter de la vie au maximum et elle l’a embrassée à pleine main du début jusqu'à la fin. Papa disait quelquefois : Dans notre ménage, il y en a un qui s’occupe du frein, l’autre de l’accélérateur et comme ça, ça ne marche pas trop mal ! Parfois, on appuyait chacun sur notre pédale en même temps donc évidemment, ça fumait un peu. Mais, heureusement, la fumée se dissipait toujours très rapidement ! !

Très jeune, excellente cavalière, elle se plaisait à galoper à toute allure sur sa jument Giboulette en compagnie de ses frères dans l’avenue de Pont Veix, la propriété de ses parents en Bretagne qu’elle aimait tant. Pendant la guerre à 23, 24 ans, elle faisait du volontariat en conduisant une ambulance. Quand on la complimentait pour son dévouement et son esprit de sacrifice, elle répondait avec un clin d’œil : Bien sûr je fais ça pour secourir les blessés, mais en plus je peux rouler vite et j’ai le droit de brûler les feux rouges !

Elle adorait les voyages. Elle était très fière de nous raconter que, jeune fille, elle avait dansé avec le Maréchal Juin à Rabat au Maroc. Au fil des années j’ai eu la joie de lui faire découvrir différentes régions des USA comme la Nouvelle Angleterre où nous habitons. Sur les pistes de scooter des neiges, dans l’Etat du Maine, elle étonnait des jeunes, interloqués de se faire doubler par une vieille dame de 80 ans.

Je me rappelle aussi bien souvent traîner la patte derrière elle en gravissant les pentes des montagnes du Massachussetts à Hawaii en passant par la Californie. Il y avait en général très peu d’amateurs pour monter dans mon Kitfox, le petit avion que j’avais à Miserai. Maman, elle, n’a pas hésité une seconde et nous avons fait plusieurs balades très agréables pour admirer les splendeurs du paysage Percheron vu du ciel.

Il y a 4 ans, alors qu’elle avait 83 ans, je la tirais sur une bouée derrière le bateau sur la mer turquoise des Keys en Floride, quand je l’entendis crier : « Dominique !!! Ralentis !! Je me suis retourné, un peu étonné « ralentir » n’étant pas un mot très courant dans son vocabulaire. A ce moment là, j’ai compris que Maman commençait à vieillir un peu.

Par contre, elle, elle se sentait toujours jeune. Il y a trois ans, sur la route de Longny, en allant à la maison de retraite visiter ses petites vieilles comme elle disait, elle passe devant les gendarmes à plus de 150km/h. Ils font des gestes acharnés pour l’arrêter. Elle fait un petit signe pour leur dire bonjour et elle continue. Apres une brève poursuite, elle se fait arrêter sur la place de l’église.

Là, elle leur dit « Ecoutez, si vous me retirez mon permis, mon mari et moi, nous serons obligés d’aller à la maison de retraite et ça coûtera très cher au gouvernement, donc vous avez tout intérêt à me laisser tranquille !!! ». Elle s’en tire avec un simple avertissement !

Quand elle est entrée dans la famille Levesque, elle partage tout de suite la passion de son mari pour la chasse et elle suivit les laisser courre du Vautrait sans relâche depuis son mariage en 1952 jusqu’au samedi précédant son attaque cérébrale.

Etant très sociable, la grande fraternité de l’équipage lui a donné ainsi qu’à Papa des joies innombrables ainsi que l’opportunité de côtoyer et d’apprécier sa famille et ses amis. C’était d’ailleurs son idée de faire le dîner de St Hubert cette année à Miserai et elle se réjouissait à la perspective de participer à l’organisation de cette journée.

Ce qui était surtout extraordinaire avec Maman, c’est l’impact qu’elle avait sur les gens autour d’elle. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle avait un caractère fort, des idées très arrêtées, un charisme indéniable. Les meilleurs arguments du monde n’avaient pas raison de sa logique, de sa manière de raisonner, de sa ligne de conduite qu’elle a maintenue sa vie entière.

Si nous pouvions analyser toutes les conversations qu’elle a tenues depuis sa plus tendre enfance, personne à ma connaissance n’a jamais réussi à la faire changer d’avis.

Avoir le dernier mot était pour elle quelque chose d’absolument indispensable. Combien de fois Papa a-t-il dit pendant leurs 60 ans de vie commune en poussant un soupir « Ah ma femme, elle est énervante, elle a toujours raison » !!

Le dimanche juste avant son entrée à l’hôpital de l’Aigle, je discutais avec elle en vidéoconférence de Boston. Elle était en pleine forme. A un moment, elle voit Ellen Jo, mon épouse qui s’apprête à sortir et elle me demande « Tiens, ou va ta femme? »

Ellen Jo lui répond et dis : « Bonjour ma mère, je vais à la Messe, à bientôt » Maman me regarde aussitôt d’un œil furibond « et toi alors? Tu n’y vas pas ? Ah mon Dieu ! C’est lamentable, c’est de ma faute ! J’ai complètement raté son éducation, s’il vous plait, pardonnez-moi !

Bien entendu, ce n’était pas la première fois que j’entendais ce discours, loin de là, et j’avoue que j’ai été tenté de mettre fin à la conversation avec un clic de la souris. A 3 000 km de distance, elle trouvait encore le moyen de me faire la morale!

En tout cas, je sais que Dieu lui a pardonné pour avoir raté mon éducation. Malgré ce qu’elle pouvait penser ce jour là, ses leçons resteront inoubliables, à jamais gravées dans ma mémoire ainsi que cette conversation qui tristement s’est avérée être la dernière que j’ai eue avec elle.
Sa personnalité était en fait à double facette, pleine de contrastes. Elle était coriace mais elle savait aussi être tendre, elle était parfois sarcastique et elle aimait tester la patience des gens, mais toujours dans de bonnes intentions et avec un sens de l’humour. Quand elle critiquait c’était toujours dans un but constructif, elle ne changeait pas d’avis, mais par contre elle changeait très facilement d’humeur et d’état d’esprit.

Quand une situation difficile se terminait avec un peu de tension, il fallait faire le premier pas mais elle était toujours prête à oublier. Par contre, si on ne faisait pas le 1er pas alors là, évidemment, ça durait un peu plus longtemps !!!!

Ce mélange rare de fermeté et d’esprit critique combinés avec son bon cœur, sa générosité, sa foi dure comme du roc et la dévotion qu’elle portait à ses enfants en ont fait le pilier de notre enfance, de notre adolescence et de notre vie d’adulte. Sa longue vie lui a permis de léguer sa philosophie et ses doctrines à ses petits-enfants de manière à ce qu’eux aussi puissent partager ses convictions et se servir de ses points de repère.

Elle partageait avec eux un amour réciproque et ils sont aujourd’hui, grâce à l’influence de leur « Bonne Maman » beaucoup mieux équipés pour affronter les difficultés de la vie. C’est un héritage qu’ils conserveront précieusement à jamais.

Maintenant que Maman est entre les mains de Dieu, nous ne pouvons plus que soutenir Papa dans sa douleur, l’entourer le mieux possible en essayant de nous habituer petit à petit au vide énorme qu’elle laisse derrière elle à Miserai. C’est en effet le prix que nous devons tous payer pour l’avoir eue avec nous pendant ces nombreuses années et avoir eu le privilège et le bonheur de partager sa vie.

Quand Maman était dans le coma, dans l’avion venant de Boston, je somnolais en ruminant des pensées noires et tout d’un coup, je ne sais pas pourquoi je décide de faire un pacte un peu absurde avec notre créateur : Mon Dieu, donnez moi encore quelques années avec Maman et je vous promets d’aller à la messe tous les dimanches !

Malheureusement, Dieu n’a pas accepté ma proposition, donc je n’ai pas besoin d’aller à la messe tous les dimanches. Cependant je crois que je vais quand même y aller pour elle car je sais que du haut du Ciel, elle continue à veiller sur moi et même probablement, telle que je la connais, à me surveiller.

J’ai eu beaucoup de chance d’avoir eu une mère comme la mienne, j’ai toujours été très fier d’elle, de sa prestance et de son élégance remarquable. Elle a toujours représenté une partie très importante de ma vie. Maintenant, avant de la confier à Dieu, je veux la remercier du fond de mon cœur pour m’avoir tant donné.

Ces jours derniers, Papa s’inquiétait et il disait en se lamentant: « Vous comprenez, votre mère, elle a pris ma place au cimetière et c’est la dernière, que vais-je devenir ? ». Je lui ai répondu : Papa, je veux bien discuter de ça, mais pas avant 2016, après votre 100 ème anniversaire. Donc, il faut tenir le coup pendant encore au moins sept saisons de chasse, après ça, on verra.

Le Perche est un coin de France où il fait bon vivre, mais dorénavant la région sera pour nous un peu moins gaie, un peu moins conviviale, un peu moins vivante et pour les gendarmes de Longny, beaucoup plus calme.

Je vous remercie de votre attention et comme nous disons en Amérique : God bless you all.
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