Homélie du Père Jean-Yves Le Bec - messe du 6e Débucher AFLA - 2 juillet 2022

Le 6e Débucher AFLA, qui avait lieu le 2 juillet 2022, commençait par une messe en plein air, au pied d'Omblepied, rassemblant plus de 800 cousins de l'AFLA.

La messe était présidée par le Père Jean-Yves Le Bec [6.5.5.1.3] (Communauté Saint-Jean), concélébrée avec le Père Louis Le Boucher d'Hérouville [1.3.3.7.4] (Dominicain à Marseille).

Voici une transcription de l'homélie prononcée par le Père Jean-Yves :

Homélie du 6e débucher AFLA – 2 juillet 2022

Chère famille,

J'imagine que vous êtes plutôt venu pour un moment de fête, un moment de convivialité… et pas de peau… nous tombons sur un Evangile sur le jeûne… juste avant l'apéro ça tombe plutôt mal ! Si je vous demande de débrancher les tireuses… j'ai peur d'être mal reçu !

Pourtant, je crois que cet Evangile est quand même providentiel ! Pourquoi ? parce qu'à travers la question du jeûne, c'est la question de la conversion qui nous est posée, la conversion de nos familles. Pourquoi faut-il jeûner ? Parce que l'Epoux n'est pas avec nous, c'est-à-dire parce que nous ne sommes pas pleinement habités par Dieu, parce que nous ne sommes pas en pleine communion avec Lui. Si nous étions en pleine communion avec Dieu, alors notre cœur serait transformé, notre cœur de pierre serait transformé en cœur de chair, alors ce n'est plus nous, c'est le Christ qui vivrait en nous.

Niveau sainteté, je ne sais pas pour vous, mais pour moi, ce n'est pas encore le cas… Et malheureusement, comme nous sommes en famille, j'ai mes parents, mes sœurs, mes cousins et cousines qui peuvent témoigner !

Alors, Jésus, dans cet Evangile, nous invite à une conversion radicale, pas seulement quelques rustines sur notre cœur… mais changer de cœur. Pas seulement de rapiécer le vêtement, pas seulement utiliser des vieilles outres : passer au neuf !

Ce matin, puisque nous sommes en famille, je voudrais regarder avec vous deux points : la famille comme lieu d'épreuve, puis la famille comme lieu de conversion.

I - La famille comme lieu d'épreuve

C'est tellement étonnant. La famille est le lieu de l'accueil de la vie, elle est le lieu de la croissance, elle est le lieu de l'amour. Elle est même un reflet particulier du mystère de Dieu : une communion de personnes. Et pourtant, souvent nos familles sont divisées, quelque fois même des lieux de souffrance profondes. Ne nous mentons pas : la famille idéale n'existe pas.

Qu'est ce qui déchire nos familles ? Les questions d'héritage et de succession, les blessures d'enfance, la jalousie, les manque de fidélité, la sexualité blessée, la fuite dans le travail. Ma famille, ce lieu de ma naissance, de ma croissance, elle est traversée par mes propres fragilités, mes amertumes ressassés, elle est traversée aussi par le péché de ceux que j'aime, de ceux qui sont mes parents, mes frères et sœurs, mes enfants.

Oui, ma famille m'a apporté la vie, elle a été ma première cellule de croissance, de protection, d'amour. Mais c'est aussi souvent ma famille qui m'a le plus blessé, qui me fait souffrir le plus à travers tel lien abimé avec un parent, un frère ou une sœur, un enfant.

Alors, que faire ? Que faire avec cette succession pourrit qui nous a divisé, avec ce frère qui ne me parle plus ou bien avec qui je ne veux plus parler, avec ce père qui m'ignore ou me rabaisse, ce mari ou cette épouse qui a claqué la porte ? Que faire quand l'amour s'affadit et que le quotidien devient plat et sans saveur ou tout simplement lourd à porter ?

Il ne sert à rien de cherche les causes à l'extérieur. Quelque fois nos déceptions font naitre en nous une colère que nous projetons à l'extérieur. Je vous prends un exemple simpliste : si nos familles ont du mal à être unie, ce n'est pas à cause de Macron ! L'épreuve, la lutte dans nos familles… viennent tout simplement de nous, de notre péché, de mon péché.

II - La famille comme lieu de conversion

Ces épreuves, que traverse toute famille humaine, il faut en faire un lieu de conversion. Non pas en regardant les autres pour se comparer, s'excuser, ou accuser mais en se regardant soit même dans la lumière de Dieu. Ma famille n'est pas idéale, elle a son histoire propre, sa couleur particulière, ses accidents aussi, mais elle est aussi un lieu d'apprentissage, je dirais même un lieu d'accueil de la grâce. En reconnaissant ma fragilité au sein de ce lieu sacré, j'apprends à demander pardon et à demander de l'aide. J'apprends à recevoir un Sauveur.

Vous connaissez peut-être cette expression : «  l'enfant idéalise ses parents, l'adolescent rejette ses parents, mais la personne parvenue à l'âge adulte pardonne à ses parents, et le sage se pardonne à lui-même  ». L'âge adulte et l'âge de la sagesse viennent quelque fois tardivement. Mais ces âges sont possibles.

Pour sortir de la révolte de l'adolescence, il faut se savoir aimé inconditionnellement, il faut se savoir pardonné, il faut pouvoir découvrir en soi sa propre beauté intérieure. Pour nous, chrétiens, la conversion c'est d'accueillir au milieu de nos fragilités, de notre péché Celui qui m'aime, Celui qui est toujours resté fidèle, Celui qui ne m'a jamais abandonné, Celui qui a donné sa vie pour moi : le Christ. La conversion, ce n'est pas de devenir parfait, c'est d'accueillir Celui qui est parfait. Ainsi, c'est en se sachant pardonné, que je peux pardonner, c'est en se sachant aimé que je peux aimer.

Maintenant, je voudrais vous proposer un petit chemin pratique de conversion. Un petit parcours de conversion en 3 étapes. C'est un petit tip qui m'aide beaucoup personnellement.

•  Redécouvre que tu es béni.

Tout d'abord, retrouve la foi en Celui qui te veut du bien, Celui qui te bénit de toute éternité, ton Père du Ciel. Il t'a désiré de toute éternité, il veut t'attirer à Lui, il veut combler ton cœur quelque soit ton histoire et ton passé. Reçois son amour aujourd'hui, maintenant, reçois sa bénédiction, sa Parole qui te relève, qui te console, qui t'affermit. Reçois sa lumière qui te dit combien tu es aimable et digne d'être aimé.

•  Sors de la malédiction

Ne reste pas enfermer dans les paroles que tu as pu recevoir dans le passé, des paroles qui t'ont blessé, qui t'ont enfermé : «  tu es un incapable  », «  on ne peut pas avoir confiance en toi  », ou bien ses paroles qui trainent dans notre tête : «  je ne serai jamais une bonne mère  », «  je ne serai jamais un bon mari  », «  je déçois toujours mes parents  ». Ces paroles de mal, elles ont pu creuser en toi, ton manque de confiance en toi-même, elles t'ont fait douter de toi-même et elles peuvent rester au plus profond de toi. Choisis, à la place, la Parole de Dieu qui te bénit et qui te restaure.

Ensuite, toi-aussi, sors des paroles envers les autres qui sont des paroles de mort, des paroles qui viennent de l'amertume et de la rancune. Sors de la parole qui dit du mal, qui ressasse le mal.

•  Bénis

Bénissez-vous les uns les autres ! Donnez aux autres des paroles de vie ! intérieurement quand quelqu'un vous agace, bénissez-le. Quand vous êtes brouillés avec quelqu'un : bénissez-le ! Cette bénédiction, elle vient de l'intérieur du cœur, de ce que tu as de plus noble en toi. Elle est une prière de bien pour ton prochain. En la prononçant intérieurement, tu convertis ton cœur, Je vous propose que le ciment de nos familles soit la bénédiction et ainsi de faire en sorte que l'amour soit victorieux.

Un petit résumé de ce petit chemin pratique de conversion pour changer de cœur ! Découvre que tu es béni, sors de la malédiction, et toi-même bénis !

Et pour une mise en pratique… je vous proposerai après la communion, après avoir reçu la Parole faite chair, la Parole de bénédiction en nous, de vous bénir les uns les autres en famille. Je vous propose d'aller vers votre époux, vos frères et sœurs, vos enfants, vos parents pour tracer un signe de croix sur leur front. Soit en silence, soit avec juste un mot : pardon, ou merci, ou je t'aime.

Conclusion

Pour terminer, écoutez la parole du Seigneur que nous avons lu dans la première lecture : «  je relèverai la hutte de David (ta famille !!!) , qui s'écroule ; je réparerai ses brèches, je relèverai ses ruines, je la rebâtirai telle qu'aux jours d'autrefois, (…) Je ramènerai les captifs de mon peuple Israël ; (…) je les planterai sur leur sol, et jamais plus ils ne seront arrachés du sol que je leur ai donné. Le Seigneur ton Dieu a parlé  ». Si vous le voulez, oui, Dieu vient dans vos familles, là où vous en êtes pour faire son œuvre de rédemption ! Il vient réparer, il vient vous donner un nouveau chemin possible, là ou vous en êtes !

Quand on accueille Dieu dans sa propre vie, dans son cœur, alors Dieu fait toute chose nouvelle. Chère Famille, accueillons Dieu, accueillons sa bénédiction, et nous même bénissons nous les uns les autres.

Père Jean-Yves Le Bec
Omblepied, samedi 2 juillet 2022


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